18 novembre 2009
football
L'écriture est un délire collectif, délire mimétique, construction et déconstruction, c'est un grand jeu, comme le football. Comme la peinture débordante de Nicolas de Staël. Sa pâte rouge, bleue, blanche ou noire. Il ne faut rien dire devant elle, elle parle, tout d'un coup notre corps la reçoit, comblé d'une langue subitement apprise. Ainsi nous connaissons la langue des peintres, comme la langue des oiseaux, celle des ruisseaux ou de la nuit.
Extrait de "l'absurdité ou le chemin du désir" de kelcun > Lire
Nicolas de Staël. Nuit au parc des princes. Il ne s'agit pas là d'un des tabeaux "les footballeurs" visibles au musée des beaux arts de Dijon mais une lithographie, pour laquelle l'artiste a eu recours à la technique des papiers collés, chère à Matisse. En savoir plus.
12 novembre 2009
voyage dans les mots
Si partir est très beau, le voyage dans les mots se prête aux beaux départ sans qu'il soit nécessaire de penser au retour. Le doigt sur un bouton, te voilà dans les airs, passant aux antipodes en l'espace d'un cillement, et franchissant les nuées et les barrages d'étoiles jusqu'à la couche d'ozone.
Le voyage dans les mots embarque l’écrivain comme un cavalier seul qui file entre les lignes, saute toutes les virgules et grille tous les points à l’exception bien entendu des points de suspension. Toutes ces ponctuations qui servent de pauses multiples sur la route pleine d’embûches où jamais l’on est sûr d’arriver à bon port.
Le voyage dans les mots emballe le lecteur qui part dans tous les sens, avec son livre ouvert, parfois plus loin que l’auteur, pleurant plus que l’auteur, maudissant les héros qui font mauvaise figure au fil de l’histoire, applaudissant tous ceux qui sont dans la droite ligne de la moralité ou qui ont fait les prouesses à nulle autre pareille, à nul autre pareil.
Le voyage dans les mots soulage partout sur Terre tous ceux qui aiment écrire et qui lisent nuit et jour à la lueur du soleil ou des étoiles lointaines pour que brillent les esprits.
Jean Saint-Vil
poète haïtien qui vient de faire escale à Hauterives au Baz'art des mots pour une lecture pleine d'enchantement, mais aussi de désenchantement pour une île si tragiquement oubliée.
Encre de Tal Coat
09 novembre 2009
dernier texte avant le plongeon final
Je pars pour reprendre, poursuivre et achever un voyage déjà commencé, de ces voyages en solitaire et pas forcément ordinaire, précieux, mais qui pourrait paraître futile et étrange à tous ceux qui se désintéressent de l'écriture.
Je ne sais pas vraiment où il va me mener même si j’en ai une vague idée et si j’en ai déjà appréhendé le déroulement. Appréhendé oui. J’appréhende le moment où je voyage. Je l’appréhende et je le désire. Je le crains et le motive. Je le retarde ou l’avance. Ou bien, qui sait ? N'est-ce pas le moment où je vais devoir en sortir qui m'effraie le plus ? Je vous parle de ce voyage intérieur que procure l'écriture, qui est l'écriture. Ce voyage intérieur est une autre vie. Nous avons deux vies quand nous écrivons, n’est-ce pas ? Ce n’est peut-être là que l’un des petits secrets de l’écriture. La vraie vie et celle imaginée, créée, écrite, intérieure et qui doit s'ouvrir simultanément, et tout l’art que je ne possède pas est d’organiser ces deux vies sans qu’elles se nuisent l’une à l’autre, sans que l’une détruise l’autre.
L’idéal serait sans doute de pouvoir se retrouver seul dans un endroit choisi et réfléchi. Je ne sais plus quel écrivain a écrit qu’il fallait au moins une chambre à soi pour écrire. Qu’importe sa forme et sa place. Une chambre, un lieu de recueillement, de méditation, dédié et consacré à l’imaginaire, à l’acte créatif. Il me manque cet espace peut-être ou bien n’ai-je point voulu le trouver. Il me manque une régularité du voyage pour profiter pleinement de chaque étape, en faire profiter les autres, aller à leur rencontre par l’écriture, mais ça vient. Il y a cette fichue culpabilité également, écrire alors qu’il y a tant à faire, à construire ailleurs, à lutter, à aimer, à vivre tout simplement. Écrire ? La belle affaire ! Quand on n'est pas écrivain. Drôle d’affaire que l’écriture qui vous ronge et vous dérange, qui vous assiège et vous émeut, qui vous repousse et vous attire, qui vous blesse et vous guérit à la fois. Écrire, écrire, la belle affaire, oui, quand il s’agit d’apprendre à se laisser emporter mais pas trop, couler sous la vague pour en ressortir, grimper à la cime sans y perdre sa respiration, admirer peut-être, éblouie, et redescendre, la paix au cœur, trébucher et se relever, renoncer mais continuer, s'écorcher, se blesser, se tromper de route, se perdre, s'égarer complètement, ne pas perdre courage, éviter de s'épuiser, se reposer, dormir, s'alimenter, nouer des liens, participer, s'étonner, s'ouvrir et rentrer à l'intérieur de soi, puis recommencer, comme une naissance et une mort sans cesse renouvelées.
Écrire ? la belle affaire quand sa seule ambition est d'écrire non pas un chef-d’œuvre mais une histoire qui se tienne, qui plaise, qui étonne, un seul texte finalement, un texte dont on puisse être un peu fière.
S'agit-il d'être reconnu ou de se reconnaître soi-même ?
Valérie Librellule.
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08 novembre 2009
la proximité de l'autre
« Mais il n’y a pas assez dans votre porte-monnaie ! »
La voix, forte et aiguë me tire de l’indifférente torpeur de l’attente. C’est samedi après-midi et au Monoprix de la Place Garibaldi, nous sommes nombreux à patienter pour régler nos achats.
Soudain tous les regards convergent vers la caissière qui a ainsi parlé. Il se passe quelque chose. Les cous se tendent, les voix se font murmures. Lire la suite >
06 novembre 2009
– Coucou tout le monde !
L'assemblée se tourne comme un seul homme vers Anna. On cligne des yeux. Contour dentellé, diaphane. Comment fait-elle pour paraître aussi rayonnante avec tous les problèmes qu'elle a ? Une vierge dans un tableau de Boticelli et pourtant des nœuds dans le ventre.
Mathilde avec effusion :
– Bonjour ma chérie.
Mickaël, dans sa difficulté à établir le contact avec cette sœur toute proche :
– Saluyaudepoêle ! avec une rudesse virile, comme s'il se fût agi d'un camarade de régiment.
On s'effleure à peine la joue, en tournant bien la tête pour éviter tout risque de collision au niveau de la bouche, tout ça sans respirer, en fermant les yeux et en serrant les dents.
Avec José, c'est autre chose. Lui, c'est l'âme sœur ou plutôt l'âme frère. Anna fait un tour de table, puis serre passionnément ce frère aimé. Chaque fois que l'on se regarde, c'est le même souvenir dans le secret des pupilles. (Mille p.68)
Ce qui suit est d'une délicatesse effrontée, d'un amour insensé pour ces adolescents qui hantent les nouvelles d'Édith Volpelière... Ses lecteurs qui seront proches de Valence le 20 novembre ont bien noté le rendez-vous ?
05 novembre 2009
Chercher la femme.
Pas besoin d'être lacanien. Partout la femme est cherchée. Partout la femme se cherche (l'homme aussi, d'ailleurs, mais lui se cache, surtout).
On la regarde intensément. Jacqueline chuchote à l’oreille d’Irma :
– Je te dis que c’est la ménopause qui la travaille, les chaleurs, tu vois ?
Les belles-filles continuent de l’observer. Elle les voit la regarder. Leurs yeux parlent. Regarde, on dirait qu’elle écarte les jambes. Elle si cul-serré d’habitude. Leurs paroles bruissent à ses oreilles, la piquent dans le cuir chevelu comme une infection de poux. Paraît que jeune elle était un peu déjantée la vieille. Même qu’avant de rentrer dans le rang et d’épouser le mari, elle se serait cherchée dans les couches des uns et des autres. Tu crois ? Mille, p.50. À suivre.
04 novembre 2009
Étrange Mille
L'identité révélée du personnage au détour d'une page fait l'effet d'une étrangeté presque inabsorbable. Cette femme s'appelle ainsi ?
En vérité, elle n'est ni dans ce nom, ni dans le surnom qu'on lui donne au village. Pas encore dans celui-là, comme tout neuf, qu'elle met en avant d'elle, au-devant comme pour l'atteindre ; et plus dans celui-ci, la Mille, devenu trop étroit pour elle.
Mille, ce sont aussi des hommes – qui tournent autour des femmes – toutes sortes de chasseurs. Parfois des astres.
Pierre, c'est le garde forestier, son ami d'enfance, qui aime bien firter encore avec elle, comme ça, pour plaisanter. Il passe tous les dimanches matins, après la chasse, quand personne n'est encore levé dans la maison, sauf Mille, bien sûr.
Pierre a une mère, lui aussi, qui continue à lui tenir la patte. Il y a toute une palette de femmes, toutes les générations réunies sous un arbre, comme pour un conte ou un opéra bouffe. Ou un grand Mystère.
Les femmes couvent le mystère des générations (est-ce pour cela que la scène est à Générargues ?) À suivre.
03 novembre 2009
Avant de recevoir Édith Volpelière prochainement, le 20 novembre à Valence, j'aimerais parler un peu plus de ce dernier livre, qu'elle vient de publier. Une femme habite cette longue nouvelle. On l'appelle Mille, comme un diminutif de filiation, brin-brindille, rame-ramille, charme-charmille. Mère-fille, en raccourci.
"C'est une petite femme, la mille, m'apprend une lectrice, c'est ainsi qu'on appelait les gamines dans mon enfance en Haute-Loire !"
Je ne sais si l'auteure a connaissance de cette coïncidence, ou de cette origine cachée... L'histoire de Mille se passe dans les Cévennes... Mais au détour d'une page son vrai prénom apparaît par surprise. Il la revêt de suprême féminité, fait passer un frôlement de longue jupe colorée, de steppe ou de neige. Mille se campe dans son mystère. Le livre ira vers un étrange, tendre, violent, cocasse dévoilement. À suivre.
15 octobre 2009
Mille

C'est un prénom trivial et mystérieux à la fois, celui de cette nouvelle héroïne d'Édith Volpelière. J'aurais envie de digresser sans fin sur ce livre, qui fait pourtant à peine cent pages mais qui vous laisse imaginer le parfum d'une femme, son timbre de voix, sa présence. Rendre la femme présente – alors que c'est là son génie propre, d'être offerte à la présence, à la vue comme à la vie – paraît comme une magie particulière à l'œuvre d'Édith Volpelière. Écriture d'une approche sensible, plus que seulement intelligible, de la femme. Ses héroïnes sont le charme même : elles disent la femme à son plus inaccessible qui est pourtant son plus de présence réelle. Aussi pleinement réelles qu'imaginaires, épidermiques, au corps encombrant ou évanescent, rayonnant ou ombrageux, elles ont là irréductibles, inconnues.
Elles ont toutes, sinon comme Mille un prénom caché, une vie secrète dans l'ombre de laquelle errent, se cachent et parfois se dressent, les hommes.
En librairie le 20 octobre 2009. 96 pages. 15,50 €. ou chez l'éditeur. cliquez sur les images de couverture pour les agrandir.
De Édith Volpelière, voir aussi les autres ouvrages et articles
08 octobre 2009
Singala
Si la nuit africaine est pleine de bruits feutrés, de branches d’épineux écrasées avec minutie, le matin est une des splendeurs de cette terre. A travers des mousselines indigo, le soleil rouge traverse le ciel en brassant la savane d’or jaune sur l’or de la latérite. C’est une complète hystérie d’oiseaux, d’animaux qui s’appellent et se répondent en mêlant leurs cris à la tonitruante cacophonie des pintades sauvages.
extrait de La femme griffée, un des récits qui composent ce Singala, ou l'homme qui sait guérir de Michèle Laurier Césaire
Initiation, magie des rencontres, épreuves et métamorphoses, film d'aventures, murmures et miracles... ce livre pourrait se définir par l'abondance de vie, et l'émotion présente à chaque page.
Par celle pour qui le grand poète Aimé Césaire est toujours "papa Aimé".
ISBN 978-2-914156-44-8 70 pages 10€
Singala de Michèle Laurier Césaire est le n°7 dans la collection des Cahiers de Gaspard. On peut le trouver en librairie ou, à défaut, chez l'éditeur. Il est également possible de s'abonner aux Cahiers de Gaspard ( 4 n°par an, 40 €)
le petit jour
Je m'suis levé engourdi de froid. Il faisait pas tellement jour. L'eau dans la bouilloire éprouva une certaine difficulté à bouillir, peut-être était-ce parce qu'il n'y avait plus de gaz ? J'éluciderai ça un autre jour. Ce qui est sûr c'est que j'avalai un Nescafé tiède et c'est vraiment dégueulasse, ça donne envie de gerber.
Je n'ai pas eu le temps de laver mes chaussettes, que déjà le crépuscule mordoré tomba comme une pierre dans un vaisselier empli d'assiettes en porcelaine de Limoges.
Décidément, les jours d'aujourd'hui ne sont plus ce qu'ils étaient. Un sentiment de m'être fait entuber par ce jour trop bref m'envahit brièvement et je partis dans la nuit sans un dernier regard sur quoi que ce soit.
F. de Féline
Illustration de l'auteur. in AJOURS. éd. "UNIVERSALE ORIGINAL", 2008
Voir aussi >>> le JOURNAL
07 août 2009
paradoxe ?
Les choses les moins prisées du monde semblent être :
La paix entre les communautés
Le respect de l'environnement
Le bonheur
...
si l'on en croit le degré de désintérêt dont fait preuve le monde pour des endroits arriérés où ces pratiques ont cours.
Pour le vérifier, offrez-vous une visite ici : à Rosemala, dans la forêt.
10 juillet 2009
Histoire brisée
Je ne le connais pas. Jamais nos chemins ne se sont croisés en des circonstances qui auraient pu nous être communes, jamais je n'ai éprouvé à son égard ces premières sensations de sympathie ou d'attirance qui lient les êtres et font qu'on s'intéresse à eux. Ou au contraire d'indifférence, d'imperceptible recul qui vous ferme et vous en éloigne. Je n'ai rien vécu de tel avec cet homme, je ne connais ni son visage ni son regard ni son allure ni ses vêtements, sa manière de marcher, de tendre la main, sa taille, le timbre de sa voix.
En librairie le 15 juillet 2009. 134 pages. 16,80 €. ou chez l'éditeur. cliquez sur les images de couverture pour les agrandir.
De Françoise Joly, voir aussi Ragamù
L'œil bleu de la gravière
08 juillet 2009
liberté ?
Marco est sorti de prison – ou il a quitté l'UMD...
L'UMD c'est l'unité pour malades difficiles, jamais euphémisme fut plus lisse et trompeur, ni lieu plus inqualifiable, une sorte de quartier spécial au sein du "centre hospitalier spécialisé". Il en existe quatre en France actuellement. Marco entre et sort librement, dans le dernier livre de Michel Ollier, Voyage avec Marco (qui est aussi son premier livre, si l'on excepte "mot à mot", le bel ouvrage réalisé en quelques exemplaires par Delphine Ollier qui en est aussi l'illustratrice – dessin ci-dessus).
Marco accompagne le livre de sa présence impromptue ou incontournable. Il revient cette semaine dans le blog de Michel Ollier : En tout lieu, en tout temps – à toutes les époques – dans toutes les positions. Les mystiques – les derviches – les anachorètes – Thérèse d'Avila – St Jean de la Croix – Marthe Robin – Brigitte – Bernard – Marco – le fou de Monfavet – le Christ de Monfavet – l'hôpital de Monfavet – L'UMD de Monfavet – Le festival d'Avignon – L'enterrement de Mickael Jackson – Le tour de France – La course contre la montre par équipe de Montpellier autour de la ville, ou dans la ville...
Tourner en rond comme un lion en cage – comme un prisonnier dans sa cellule de Villeneuve les Maguelonne – Se lever chaque jour – se coucher chaque jour – Partir – revenir – rester – attendre – manger – dormir – vivre – mourir –
Renaître – rejeter – recevoir – répondre – remettre – refaire – Qui est fou – Qui ne n'est pas ? Lire la suite : le cri du fou
dessin © Delphine Ollier
Voyage avec Marco
C'est dans la compagnie de quelques personnes qui viennent régulièrement écrire ensemble que naissent les textes de Michel Ollier.
Dans un espace intime aux larges vitrines béant sur la rue, aux murs qu'habitent quelques artistes de passage. C'est un milieu de vie pour l'écriture. Solitude et partage y viennent s'asseoir à la même table.
Marco un beau soir s'invita et déballa son sac d'énigmes, mot à mot, en un interminable chant de folie, de sagesse ou d'amour...
ISBN 978-2-914156-42-4 70 pages 10€
Voyage avec Marco de Michel Ollier est le n°6 dans la collection des Cahiers de Gaspard. On peut le trouver en librairie ou, à défaut, chez l'éditeur. Il est également possible de s'abonner aux Cahiers de Gaspard ( 4 n°par an, 40 €)
sur Michel Ollier voir aussi : Liberté ?
mot à mot
derrière les porttes


