02 décembre 2009
laissez-moi dormir
Le jardin, je l'ai mis sous la couette de crottin et de feuilles. Il devrait dormir. Il est si troublant rougeoyant, ambré, mûr, mature, ses grenades éclatées... ses roses lourdes... et moi, comme une conne, je marche ! Et puis tous ces oiseaux qui s'agitent, qui piaillent, qui n'en finissent pas de partir.
Laissez moi tous. J'ai bien mérité d'être un peu tranquille, non ?
Et tous ces bouquins non encore lus à côté de mon lit qui m'appellent grivoisement, lubriquement, lascivement, sadiquement. Je peux pas être un peu peinarde ? Je peux pas penser toute seule dans ma tête ? Je peux pas me raconter des histoires ? Mais quand donc aurai-je la paix ?
C'est quand même pas compliqué. Ne m'invitez pas. Ne me téléphonez pas. Ne m'adressez pas la parole. Même pas. Merci.
Catherine Menant. Tohu-bohu (extrait) >> Lire le texte
Myra Coppey. Jeux dans la nuit 6. Lavis et pastel
18 novembre 2009
football
L'écriture est un délire collectif, délire mimétique, construction et déconstruction, c'est un grand jeu, comme le football. Comme la peinture débordante de Nicolas de Staël. Sa pâte rouge, bleue, blanche ou noire. Il ne faut rien dire devant elle, elle parle, tout d'un coup notre corps la reçoit, comblé d'une langue subitement apprise. Ainsi nous connaissons la langue des peintres, comme la langue des oiseaux, celle des ruisseaux ou de la nuit.
Extrait de "l'absurdité ou le chemin du désir" de kelcun > Lire
Nicolas de Staël. Nuit au parc des princes. Il ne s'agit pas là d'un des tabeaux "les footballeurs" visibles au musée des beaux arts de Dijon mais une lithographie, pour laquelle l'artiste a eu recours à la technique des papiers collés, chère à Matisse. En savoir plus.
12 novembre 2009
voyage dans les mots
Si partir est très beau, le voyage dans les mots se prête aux beaux départ sans qu'il soit nécessaire de penser au retour. Le doigt sur un bouton, te voilà dans les airs, passant aux antipodes en l'espace d'un cillement, et franchissant les nuées et les barrages d'étoiles jusqu'à la couche d'ozone.
Le voyage dans les mots embarque l’écrivain comme un cavalier seul qui file entre les lignes, saute toutes les virgules et grille tous les points à l’exception bien entendu des points de suspension. Toutes ces ponctuations qui servent de pauses multiples sur la route pleine d’embûches où jamais l’on est sûr d’arriver à bon port.
Le voyage dans les mots emballe le lecteur qui part dans tous les sens, avec son livre ouvert, parfois plus loin que l’auteur, pleurant plus que l’auteur, maudissant les héros qui font mauvaise figure au fil de l’histoire, applaudissant tous ceux qui sont dans la droite ligne de la moralité ou qui ont fait les prouesses à nulle autre pareille, à nul autre pareil.
Le voyage dans les mots soulage partout sur Terre tous ceux qui aiment écrire et qui lisent nuit et jour à la lueur du soleil ou des étoiles lointaines pour que brillent les esprits.
Jean Saint-Vil
poète haïtien qui vient de faire escale à Hauterives au Baz'art des mots pour une lecture pleine d'enchantement, mais aussi de désenchantement pour une île si tragiquement oubliée.
Encre de Tal Coat
09 novembre 2009
dernier texte avant le plongeon final
Je pars pour reprendre, poursuivre et achever un voyage déjà commencé, de ces voyages en solitaire et pas forcément ordinaire, précieux, mais qui pourrait paraître futile et étrange à tous ceux qui se désintéressent de l'écriture.
Je ne sais pas vraiment où il va me mener même si j’en ai une vague idée et si j’en ai déjà appréhendé le déroulement. Appréhendé oui. J’appréhende le moment où je voyage. Je l’appréhende et je le désire. Je le crains et le motive. Je le retarde ou l’avance. Ou bien, qui sait ? N'est-ce pas le moment où je vais devoir en sortir qui m'effraie le plus ? Je vous parle de ce voyage intérieur que procure l'écriture, qui est l'écriture. Ce voyage intérieur est une autre vie. Nous avons deux vies quand nous écrivons, n’est-ce pas ? Ce n’est peut-être là que l’un des petits secrets de l’écriture. La vraie vie et celle imaginée, créée, écrite, intérieure et qui doit s'ouvrir simultanément, et tout l’art que je ne possède pas est d’organiser ces deux vies sans qu’elles se nuisent l’une à l’autre, sans que l’une détruise l’autre.
L’idéal serait sans doute de pouvoir se retrouver seul dans un endroit choisi et réfléchi. Je ne sais plus quel écrivain a écrit qu’il fallait au moins une chambre à soi pour écrire. Qu’importe sa forme et sa place. Une chambre, un lieu de recueillement, de méditation, dédié et consacré à l’imaginaire, à l’acte créatif. Il me manque cet espace peut-être ou bien n’ai-je point voulu le trouver. Il me manque une régularité du voyage pour profiter pleinement de chaque étape, en faire profiter les autres, aller à leur rencontre par l’écriture, mais ça vient. Il y a cette fichue culpabilité également, écrire alors qu’il y a tant à faire, à construire ailleurs, à lutter, à aimer, à vivre tout simplement. Écrire ? La belle affaire ! Quand on n'est pas écrivain. Drôle d’affaire que l’écriture qui vous ronge et vous dérange, qui vous assiège et vous émeut, qui vous repousse et vous attire, qui vous blesse et vous guérit à la fois. Écrire, écrire, la belle affaire, oui, quand il s’agit d’apprendre à se laisser emporter mais pas trop, couler sous la vague pour en ressortir, grimper à la cime sans y perdre sa respiration, admirer peut-être, éblouie, et redescendre, la paix au cœur, trébucher et se relever, renoncer mais continuer, s'écorcher, se blesser, se tromper de route, se perdre, s'égarer complètement, ne pas perdre courage, éviter de s'épuiser, se reposer, dormir, s'alimenter, nouer des liens, participer, s'étonner, s'ouvrir et rentrer à l'intérieur de soi, puis recommencer, comme une naissance et une mort sans cesse renouvelées.
Écrire ? la belle affaire quand sa seule ambition est d'écrire non pas un chef-d’œuvre mais une histoire qui se tienne, qui plaise, qui étonne, un seul texte finalement, un texte dont on puisse être un peu fière.
S'agit-il d'être reconnu ou de se reconnaître soi-même ?
Valérie Librellule.
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08 novembre 2009
la proximité de l'autre
« Mais il n’y a pas assez dans votre porte-monnaie ! »
La voix, forte et aiguë me tire de l’indifférente torpeur de l’attente. C’est samedi après-midi et au Monoprix de la Place Garibaldi, nous sommes nombreux à patienter pour régler nos achats.
Soudain tous les regards convergent vers la caissière qui a ainsi parlé. Il se passe quelque chose. Les cous se tendent, les voix se font murmures. Lire la suite >
09 mai 2009
sur le cahier d'écriture, pour Mabruka
7 mai 2009. Dans certaines circonstances
L'être humain ne compte pas.
Il suffit qu'il gêne la bonne conscience d'un groupe qui s'est approprié un territoire ou un magot
qu'il gêne le passage des armes ou des bombes qui nettoient le territoire ou protègent le magot
qu'il gêne parce qu'on a décrété noir sur blanc qu'il gêne
dans ces circonstances, le pouvoir politique, sourd et aveugle, broie l'être humain sans un regard
Ce n'est pas nouveau, ni au Sri Lanka, ni au Pakistan, ni en France, ni en Italie, c'est tous les jours partout.
(cliquez sur le lien)
voir aussi derrière les portes
photo R. Thibaud
03 mai 2009
il écrit dans la neige
À présent les nuages défilent et le soleil met les voiles et le type avance en métronome, toujours dans ma ligne de mire. Il faudrait continuer à le garder à vue pour espérer le rejoindre. Alors je pioche, je tire sur les bras, je m'applique à rentabiliser mes efforts, à glisser plutôt que de marcher, à poser des appuis stables sur ce dévers inconstant. Bon élève, je fais ce qu'Alexandre m'a toujours dit de faire : je me concentre sur la technique quitte à laisser s'échapper quelques pensées hasardeuses par le haut, par la tête. Difficile de toujours tout contrôler, je ne sais pas pour les autres mais il m'arrive parfois de partir dans un grand n'importe quoi mental. Ça peut ressembler à ça.
Eric Tchijakoff, extrait de Topos, récits de neige. > en savoir plus
photo chasseurdimages
C'est peut-être ça, écrire dans la neige : atteindre ce vertige où quelque chose d'une quête va se révéler — non pas une quête solitaire, ni une quête de l'impossible — mais quelque nécessaire jonction avec soi-même.
26 avril 2009
écrire ?
Les murs d'une chapelle du XVè siècle à La Trinité, dans le Morbihan. Lorsqu'on y entre on sait tout d'un coup, mieux que jamais, ce qu'est l'écriture. Ou plutôt quelque chose le sait, les pierres du sol, l'air tranquille que la lumière pénètre et que les pas entament, le temps partout et insaisissable. Toutes les heures d'une vie, tous les âges, toutes les prières, toutes les souffrances, tous les espoirs, rien, rien n'est étranger à cette écriture, rien de ce qui est et a été humain.
"mon attention fut attirée par le mausolée de Lâlla Oum Saâd. Sur le mur qui en constitue l'enceinte, les femmes ont inscrit avec du henné, couche après couche, à la manière d'un palimpseste, tout un chapelet de vœux qui tournent grosso modo autour du mariage, du succès scolaire ou de la réussite dans la vie..." (Photoeil)
En mettant en relation ces deux lieux éloignés je m'aperçois que je n'ai que l'intuition d'une maille dans l'immense et infini tissu d'un monde multiple, toujours à construire, celui de la connaissance errante comme le dit si magnifiquement Edouard Glissant, errante parce qu'elle ne saurait avoir de centre, qu'elle est tout entière relations.
Merci à Christian Jaccard et à Photoeil pour leur aimable participation.




