éditions Gaspard Nocturne

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06 novembre 2009

– Coucou tout le monde !
L'assemblée se tourne comme un seul homme vers Anna. On cligne des yeux. Contour dentellé, diaphane. Comment fait-elle pour paraître aussi rayonnante avec tous les problèmes qu'elle a ? Une vierge dans un tableau de Boticelli et pourtant des nœuds dans le ventre.
Mathilde avec effusion :
– Bonjour ma chérie.
Mickaël, dans sa difficulté à établir le contact avec cette sœur toute proche :
– Saluyaudepoêle ! avec une rudesse virile, comme s'il se fût agi d'un camarade de régiment.
On s'effleure à peine la joue, en tournant bien la tête pour éviter tout risque de collision au niveau de la bouche, tout ça sans respirer, en fermant les yeux et en serrant les dents.
Avec José, c'est autre chose. Lui, c'est l'âme sœur ou plutôt l'âme frère. Anna fait un tour de table, puis serre passionnément ce frère aimé. Chaque fois que l'on se regarde, c'est le même souvenir dans le secret des pupilles.
(Mille p.68)
Ce qui suit est d'une délicatesse effrontée, d'un amour insensé pour ces adolescents qui hantent les nouvelles d'Édith Volpelière... Ses lecteurs qui seront proches de Valence le 20 novembre ont bien noté le rendez-vous ?

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05 novembre 2009

Chercher la femme.

Pas besoin d'être lacanien. Partout la femme est cherchée. Partout la femme se cherche (l'homme aussi, d'ailleurs, mais lui se cache, surtout).
     On la regarde intensément. Jacqueline chuchote à l’oreille d’Irma :
– Je te dis que c’est la ménopause qui la travaille, les chaleurs, tu vois
?
Les belles-filles continuent de l’observer. Elle les voit la regarder. Leurs yeux parlent. Regarde, on dirait qu’elle écarte les jambes. Elle si cul-serré d’habitude. Leurs paroles bruissent à ses oreilles, la piquent dans le cuir chevelu comme une infection de poux. Paraît que jeune elle était un peu déjantée la vieille.
Même qu’avant de rentrer dans le rang et d’épouser le mari, elle se serait cherchée dans les couches des uns et des autres. Tu crois ?
Mille, p.50. À suivre.

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04 novembre 2009

Étrange Mille

L'identité révélée du personnage au détour d'une page fait l'effet d'une étrangeté presque inabsorbable. Cette femme s'appelle ainsi ?
En vérité, elle n'est ni dans ce nom, ni dans le surnom qu'on lui donne au village. Pas encore dans celui-là, comme tout neuf, qu'elle met en avant d'elle, au-devant comme pour l'atteindre ; et plus dans celui-ci, la Mille, devenu trop étroit pour elle.
Mille, ce sont aussi des hommes – qui tournent autour des femmes – toutes sortes de chasseurs. Parfois des astres.
    Pierre, c'est le garde forestier, son ami d'enfance, qui aime bien firter encore avec elle, comme ça, pour plaisanter. Il passe tous les dimanches matins, après la chasse, quand personne n'est encore levé dans la maison, sauf Mille, bien sûr.
Pierre a une mère, lui aussi, qui continue à lui tenir la patte. Il y a toute une palette de femmes, toutes les générations réunies sous un arbre, comme pour un conte ou un opéra bouffe. Ou un grand Mystère.
Les femmes couvent le mystère des générations (est-ce pour cela que la scène est à Générargues ?) À suivre.

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03 novembre 2009

Avant de recevoir Édith Volpelière prochainement, le 20 novembre à Valence, j'aimerais parler un peu plus de ce dernier livre, qu'elle vient de publier. Une femme habite cette longue nouvelle. On l'appelle Mille, comme un diminutif de filiation, brin-brindille, rame-ramille, charme-charmille. Mère-fille, en raccourci.
"C'est une petite femme, la mille, m'apprend une lectrice, c'est ainsi qu'on appelait les gamines dans mon enfance en Haute-Loire !"
Je ne sais si l'auteure a connaissance de cette coïncidence, ou de cette origine cachée... L'histoire de Mille se passe dans les Cévennes... Mais au détour d'une page son vrai prénom apparaît par surprise. Il la revêt de suprême féminité, fait passer un frôlement de longue jupe colorée, de steppe ou de neige. Mille se campe dans son mystère. Le livre ira vers un étrange, tendre, violent, cocasse dévoilement. À suivre.

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07 août 2009

paradoxe ?

rosemala6Les choses les moins prisées du monde semblent être :
La paix entre les communautés
Le respect de l'environnement
Le bonheur
...
si l'on en croit le degré de désintérêt dont fait preuve le monde pour des endroits arriérés où ces pratiques ont cours.

Pour le vérifier, offrez-vous une visite ici : à Rosemala, dans la forêt.

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08 juillet 2009

liberté ?

DMarco est sorti de prison – ou il a quitté l'UMD...
L'UMD c'est l'unité pour malades difficiles, jamais euphémisme fut plus lisse et trompeur, ni lieu plus inqualifiable, une sorte de quartier spécial au sein du "centre hospitalier spécialisé". Il en existe quatre en France actuellement.  Marco entre et sort librement, dans le dernier livre de Michel Ollier, Voyage avec Marco (qui est aussi son premier livre, si l'on excepte "mot à mot", le bel ouvrage réalisé en quelques exemplaires par Delphine Ollier qui en est aussi l'illustratrice – dessin ci-dessus).
Marco accompagne le livre de sa présence impromptue ou incontournable. Il revient cette semaine dans le blog de Michel Ollier : En tout lieu, en tout temps – à toutes les époques – dans toutes les positions. Les mystiques – les derviches – les anachorètes – Thérèse d'Avila – St Jean de la Croix – Marthe Robin – Brigitte – Bernard – Marco – le fou de Monfavet – le Christ de Monfavet – l'hôpital de Monfavet – L'UMD de Monfavet – Le festival d'Avignon – L'enterrement de Mickael Jackson – Le tour de France – La course contre la montre par équipe de Montpellier autour de la ville, ou dans la ville...
Tourner en rond comme un lion en cage – comme un prisonnier dans sa cellule de Villeneuve les Maguelonne – Se lever chaque jour – se coucher chaque jour – Partir – revenir – rester – attendre – manger – dormir – vivre – mourir –
Renaître – rejeter – recevoir – répondre – remettre – refaire – Qui est fou – Qui ne n'est pas ?
Lire la suite : le cri du fou

dessin © Delphine Ollier

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04 juin 2009

Ti man-m-zell-la

wanimaya2Dépi man ti-man-maille cé pluss ain-min fleù
Pace fleù cé an jadin yo pöté lan-méson
Man plein suspension-a épi séphanotis
          Gadé con ça joli :
          Trois clochettes hibiscus
Ven-a ka balancé con ti cloche la folie
mélé épi guirlande du zhebb grasse argenté.

          L'heù man lévé bon matin-a
          Dépi chan-m-la man téja ouè
          Soleil-la rouge con sang
          Qui té cléré tout neuf, tout matadö
          Lott bô la Martinique
Dé-ï-è lan mè, dé-ï-è rhaziè, dé-ï-è chan-can-n
Dé-ï-è an grand désodd du toutt möne en l'ai möne
          Oti, rhô passé toutt
          Mi la Montagne Vauclin
          Pareil an grand chapeau gendamm
          Mé an chapeau satin violett.
          Man seul dans galrie-a
          Man seul épi moin-min-m
Cé grand carreau blan-a ka fai an bel dan-mié
Quand yo croisé à tè épi carreau nouè-a.
                La vie-a douce
          La vie-a bel bon matin-a

voir la suite, et la traduction en français de ce poème de Gilbert Gratiant => derrière les portes. Il inaugure notre nouveau cycle de lectures sur "le métissage", que nous conduirons en compagnie de Michèle Laurier Césaire, comédienne et auteur.
          

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02 avril 2009

entre Pascal et Jules Renard

notrecinemaun pont au-dessus de la violence. Dans notre prochaine soirée lecture nous mettrons le petit Poil de Carotte en relation avec le grand Pascal. Par leur vigueur, leur absence de concession et leur luminosité ces deux œuvres par ailleurs si peu comparables se rejoignent. Le constat de départ est le même : la violence domine au mépris de toute vérité. Si Pascal s'en remet à la puissance de Dieu pour assurer le triomphe final de la vérité sur la violence, Jules Renard développe un art limpide et fulgurant pour porter au grand jour la vérité.

C'est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaie d'opprimer la vérité. Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité, et ne servent qu'à la relever davantage. Toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence, et ne font que l'irriter encore plus. Quand la force combat la force, la plus puissante détruit la moindre ; quand l'on oppose les discours aux discours, ceux qui sont véritables et convaincants confondent et dissipent ceux qui n'ont que la vanité et le mensonge : mais la violence et la vérité ne peuvent rien l'une sur l'autre. [...] Pascal, Les Provinciales.

Prochaine soirée lecture "la littérature analyse la violence" mardi 7 avril 19h 4 rue Pêcherie à Romans Drôme Entrée libre.                                                voir aussi derrière les portes

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20 mars 2009

un printemps que nul été ne suit

Pour rester dans le jaillissement de poésie de la semaine dernière à la médiathèque de Valence, je retiens, comme printemps de poète, celui que Krishnamurti, à bout de toute tentative de dire la sensation au-delà du mot, laissait éclore, s'abandonnant à "l'alchimie du verbe" :

La lune jaillissait de la mer et pénétrait une vallée de nuages. Les eaux étaient encore bleues et Orion tout juste visible dans le ciel pâle et argenté. Les vagues blanches bordaient la côte et les cabanes des pêcheurs, carrées, nettes et sombres sur le sable clair étaient très proches de l'eau. Les murs de ces cabanes étaient de bambous et les toits étaient couverts de feuilles de palmiers liées les unes aux autres et disposées en pente afin que les fortes pluies ne puissent pénétrer. Pleine et ronde, la lune traçait un sentier de lumière sur les eaux dansantes. C'était une énorme boule d'or – vous n'auriez pu l'encercler de vos bras. S'élevant au-dessus de la vallée de nuages, tout le ciel lui appartenait. Le bruit de la mer était incessant, et cependant un immense silence régnait. Lire la suite <<

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26 février 2009

poètes accourez, c'est le printemps !

PJ59_LOGO_20PDP_HDC'est à la médiathèque de Valence que nous vous donnons rendez-vous, pour notre part, le samedi 14 mars. Laissez-vous séduire par le beau titre animé qui annonce le programme. Une demi-lettre biffée et le rire est invité. Cela nous change de ce qu'on entend toujours gravement : la littérature ne sert à rien, le plus souvent de la bouche même des auteurs. Ils pourraient ajouter surtout en temps de crise ! Pourtant, on se met à parler de poésie, peut-être parce que c'est le printemps !
Pour ma part, je ne fais pas de différence entre l'une et l'autre. Ce que je suis, ce que je pense, je le dois en très grande partie à l'écrit. Et ce pourrait être à l'oral, ça n'en serait pas moins littérature, ou poésie. Tout ce que l'on est, ce qui régit nos rapports humains a sa source dans nos pensées : cette compilation, cette macération, cette digestion des pensées qui nous ont précédés, qui se sont inscrites dans les mémoires et qui ont essaimé comme la fleur de pissenlit si bien soufflée par la bouche humaine du dictionnaire. Les mots et les phrases germent et mûrissent en atteignant le sol fertile de notre cerveau, qui est fait de ce substrat littéraire qu'est le langage. Je vous envoie donc pour finir avec optimisme une poignée de graines venues de Le Clézio lors de son discours du Nobel :
L'écrivain, le poète, le romancier, sont des créateurs . Cela ne veut pas dire qu'ils inventent le langage, cela veut dire qu'ils l'utilisent pour créer de la beauté, de la pensée, de l'image. C'est pourquoi l'on ne saurait se passer d'eux. Le langage est l'invention la plus extraordinaire de l'humanité, celle qui précède tout, partage tout. Sans le langage, pas de sciences, pas de technique, pas de lois, pas d'art, pas d'amour. Mais cette invention, sans l'apport des locuteurs, devient virtuelle. Elle peut s'anémier, se réduire, disparaître. Les écrivains, dans une certaine mesure, en sont les gardiens. Quand ils écrivent leurs romans, leurs poèmes, leur théâtre, ils font vivre le langage. Ils n'utilisent pas les mots, mais au contraire ils sont au service du langage. Ils le célèbrent, l'aiguisent, le transforment, parce que le langage est vivant par eux, à travers eux et accompagne les transformations sociales ou économiques de leur époque.

Voir : le programme du Printemps des Poètes à la médiathèque de Valence

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